L'APOLOGUE

  • A l'origine, l'apologue était un genre noble, « divin », comme l'écrit La Fontaine dans la préface de ses Fables, parce que ce « récit détaillé » (sens étymologique du mot), souvent oral, ne se réduisait pas à une simple narration, mais apportait aussi, de manière imagée, une leçon. Il appartient donc au genre argumentatif, car il doit convaincre. Mais il ne faut pas le confondre avec l'apologie (discours pour la défense ou la justification d'une personne ou d'une idée).
  • Depuis l'antiquité, ce genre a beaucoup évolué : il est devenu une notion générale recouvrant beaucoup d'autres formes narratives comme : la fable, la parabole, l'allégorie, le conte, la nouvelle, le conte (merveilleux, fantastique, philosophique), la nouvelle, l'utopie... Ces formes possèdent toutes, à des degrés divers, les caractéristiques suivantes :

UN DISCOURS NARRATIF

  • En prose ou en vers, voire sous forme d'image - comme l'emblème, certains tableaux au sens allégorique, certaines B.D., certains films -, l'apologue raconte (cf. le sens étymologique de « fable »). Cette caractéristique formelle permet, en cas de doute, de distinguer l'apologue de l'essai - jamais narratif, lui.
  • L'apologue respecte généralement un schéma narratif classique : situation initiale / péripéties et obstacles / situation finale.

UN GENRE BREF

  • Une longueur brève, voire très brève : en ce domaine la variété est très grande : l'apologue peut aller du proverbe, de la simple maxime, au conte ! Cette concision relative permet souvent d'aller à l'essentiel et de frapper l'esprit du lecteur. Plusieurs éléments participent à cette concision :
  • - Le temps n'est jamais précis. Le plus souvent l'emploi d'un présent atemporel, universel, permet au lecteur d'identifier ou d'adapter le temps de la fiction au temps de la lecture.
    - Les lieux : souvent assez vagues. Ils relèvent plus de l'imagination du lecteur que de la réalité.
    - Les personnages : ils sont stéréotypés, n'ont pas d'identité individuelle, voire pas de vrai nom (Candide, l'Ingénu, dans les récits de Voltaire), mais une existence psychologique (souvent rudimentaire) et sociale au service d'une thèse. Ils sont vraiment taillés sur mesure pour le récit auquel ils appartiennent.

UN SENS ALLÉGORIQUE

  • L'apologue ne recherche pas le réalisme mais est toujours à double sens : il oblige le lecteur intellectuellement complice à décrypter sous le sens explicite de la narration, de l'anecdote, le sens implicite, caché.
  • Ce décodage d'un récit schématisé, instrumentalisé, maintient le lecteur à une certaine distance de l'histoire : ainsi, il n'y a pas d'identification du lecteur avec les héros de l'histoire. Dans certains récits, c'est la satire ou l'ironie qui imposent cette distance constante (cf. les contes de Voltaire).

UNE VOCATION MORALE

  • Ce récit didactique apporte toujours un enseignement, une leçon de vie - la « morale » dans une fable - qu'elle soit explicite (chez la Fontaine, elle est « l'âme » de la fable) ou implicite (cas le plus fréquent dans les formes modernes du genre). L'apologue doit donc instruire, faire réfléchir le lecteur et modifier ses comportements ou ses opinions sur le monde dans lequel il vit.
  • Mais cette morale est parfois la partie la plus fragile de l'apologue : le plaisir du récit concret et imagé, le jeu intellectuel du décodage et la distanciation imposée au lecteur rendent parfois moins directement lisible, voire secondaire, le message transmis par l'apologue. Et puis l'évolution des mœurs et des mentalités fait que certaines « morales », trop étroitement dépendantes de leur contexte historique, n'ont plus la même valeur pour un lecteur du XXIe siècle.

Y. Gouraud