|
LE
BAROQUE
On a longtemps méprisé les
écrivains qui, entre
la Pléiade et la première moitié du XVIIe siècle,
sont restés étrangers
à l’élaboration de l’idéal classique.
On les traitait encore récemment d’«attardés ou égarés».Leur redécouverte a
permis de déterminer chez ces auteurs indépendants certains traits communs.
C’est en ce sens qu’on a pu les qualifier de «baroques», terme
réservé initialement aux arts plastiques
jusqu’au début du XVIIIe siècle.
DÉFINITION
: LE MOT ET L'ESPRIT BAROQUES
- A CETTE
ÉPOQUE :
le mot baroque (barroco en portugais) est un
terme de jouaillerie pour désigner une perle irrégulière.
- AUJOURD’HUI
: dans le
vocabulaire courant, le mot baroque évoque aussitôt quelque chose de péjoratif
: «bizarre, choquant, biscornu, étrange, excentrique, insolite, irrégulier»
(le Robert). Et les mots «maniérisme»
et «roccoco»
qu’on lui associe renvoient toujours à des défauts. Ce sont ces défauts
qui, en un sens, sont aujourd’hui les qualités des oeuvres baroques !
- L’ESPRIT
BAROQUE EN LITTÉRATURE : le
baroque est caractérisé par l’exubérance
de l’imagination et du style
: comme l’architecture baroque fuit la ligne droite (ex. les colonnes torses),
de même, la
littérature baroque est un art du mouvement
qui s’ingénie à surprendre le lecteur par ses enchaînements d’images, par
le goût
des contrastes
et des jeux
sur les mots,
par des visions
souvent symboliques aux couleurs violentes,
horribles ou
au contraire idylliques,
par la métamorphose
des formes (ex.
au théâtre, goût des pièces à machines). C’est le règne
de l’inattendu
(ex. apparition au théâtre du personnage de Don Juan), des
jeux de miroirs,
du chatoiement des surfaces (celles des éléments : eaux, neige, glace, nuages
- celles des bêtes : papillons, oiseaux), de l’attirance pour l’ostentation
(ex. le héros cornélien).Cette originalité des artistes se manifeste par
un souci moindre des auteurs anciens, par une plus grande
indépendance de pensée
: pour certains, tentation du «libertinage» (intellectuel).
ORIGINES
- INFLUENCE
ITALIENNE ET ESPAGNOLE :
les compatriotes de Marie de Médicis sont nombreux à Paris, beaucoup de
mouvements de pensées et de genres sont issus d’Italie : la libre pensée,
la pastorale, la préciosité, les romans de chevalerie. L’Espagne connaît
son âge d’or : le théâtre, les romans de chevalerie et picaresques sont
célèbres.
- EN FRANCE
: Les ébranlements
causés par la Réforme, par les guerres continuelles, par les grandes découvertes
(astronomie) vont accentuer dans les esprits l’obsession de l’inconstance
et de l’inconsistance de tous et de tout. L’univers gît dans une corruption
dont seule la «grâce divine» peut retirer ceux qu’elle a choisis (influence
de saint Augustin sur l’esprit baroque). La littérature, par ses formes,
traduit cette vision tourbillonnante du monde.
DEUX
PÉRIODES
Elles restent très approximatives
;ce sont des étiquettes commodes pour justifier quelques traits différents dans
ce qui reste finalement très semblable.
- LE MANIÉRISME
: 1580-1625.
- - Art du mouvement,
mais c’est la virtuosité du style qui compte en premier.
- - Art de l’image, mais
plutôt décorative.
- - Unité de l’oeuvre
morcelée, décentrée.
- - L’illusion se donne
pour telle.
- - Art savant, de cour.
- LE BAROQUE
:
1625-1665.
- - Art du mouvement,
mais accent mis sur l’expressivité, la violence des notations.
- - Art de l’image plus
fonctionnelle.
- - Unité de l’oeuvre
complexe et globale.
- - Art qui s’adresse
à un public plus étendu, qui cherche à séduire.
OEUVRES
ET AUTEURS BAROQUES
Comme le baroque n’est pas
une école, un mouvement précis et daté, on peut attribuer ce qualificatif aussi
bien à une mode qu’à un écrivain, qu’à l’une de ses oeuvres, qu’à un aspect
de l’une de ses oeuvres ! Voici quelques ex. : Certains aspects des Essais
de Montaigne, Malherbe au début de sa carrière, Théophile de Viau, Saint-Amant,
Corneille à ses débuts, la préciosité et le burlesque dans les romans et la
poésie du XVIIe...
|