LE JANSÉNISME

UN GRAND SIÈCLE RELIGIEUX

  • - Avant l’avènement de Louis XIV, une floraison de théologiens et de mystiques a donné au catholicisme français du XVIIe siècle un exceptionnel relief : Saint François de Sales, Pierre de Bérulle, Saint Vincent de Paul...
  • - Outre les querelles issues de la Réforme, d’austères débats théologiques passionnèrent les hommes autour de la question de la grâce et de la diffusion des idées jansénistes par les solitaires de l'abbaye de Port-Royal des Champs (Arnault, Nicole, Saint-Cyran, Pascal...).

ORIGINES : LA QUESTION DE LA GRÂCE

  • L’ORTHODOXIE : d’après la doctrine chrétienne, l’homme, déchu depuis le péché originel, ne peut être sauvé que par le don gratuit (la grâce) accordé par la venue sur terre et le sacrifice du Christ. Mais, d’un autre côté, l’homme est libre (le libre arbitre : possibilité pour l’homme, sans la connaissance même de Dieu, d’accéder à une vie morale et spirituelle authentique par sa propre volonté et ses propres mérites) et cette liberté risque d’entrer en conflit avec le choix des élus par Dieu. Depuis  Saint Augustin (IVe siècle), l’Église tente de concilier ces deux notions apparemment contradictoires : Dieu accorde à tous les hommes une grâce gratuite et efficace (elle atteint toujours le but que Dieu lui assigne : l’homme pourrait la refuser, mais, dans les faits, elle est tellement efficace qu’il ne peut pour ainsi dire pas la refuser). Saint Thomas d’Aquin (XIIIe siècle) nuance encore davantage cette position en parlant d’une grâce suffisante... mais qui doit être efficace  en même temps...
  • LES DIVERGENCES : selon les hommes et les époques, l’Église devra condamner deux tendances très différentes, selon que l’on met l’accent sur le libre arbitre de l’homme ou sur la nécessité absolue de la grâce divine :
  • - Libre arbitre de l’homme : Pélage (Ve siècle). Puis, au XVIe siècle, Ignace de Loyola qui fonda l’ordre des jésuites et Molina. Pour ces derniers, la grâce est donnée à tous, mais c’est chacun des hommes qui la rend ensuite efficace par son choix personnel. Cet ordre, proche de l’humanisme, veut ainsi concilier la possibilité du salut de l’homme avec la morale stoïcienne et la sagesse antique encore païenne.
    - Prédestination de l’homme : les choix de Dieu sont incompréhensibles pour la raison humaine car il n’accorde sa grâce qu’à un petit nombre d’élus : la grâce efficace n’est donc pas toujours donnée à tous les justes, car Jésus n’est pas venu sauver tous les hommes. C’est la position de Calvin au XVIe, puis des jansénistes au XVIIe siècle.

LA QUERELLE JANSÉNISTE

  • Dans son Agustinus, l’évêque d’Ypres, Jansénius, durcit la position de Saint Augustin et se rapproche par là de Calvin, d’où l’accusation d’hérésie lancée par les jésuites. La querelle va durer jusqu’au XVIIIe siècle :
  • - 1644 : Arnauld, janséniste théologien de Port-Royal, écrit l’Apologie de Jansénius.
    - 1653 : le pape condamne 5 propositions de l’Augustinus.
    - 1656-1657 : pour défendre ses amis de Port-Royal, Blaise Pascal publie les Provinciales, 18 lettres clandestines qui, par leur ton polémique, leur éloquence et leur rigueur logique font sensation.
    - 1709 : les religieuses de Port-Royal sont expulsées et leur monastère est détruit.
    - 1713 : la bulle papale Unigenitus condamne les jansénistes.

INFLUENCE DU JANSÉNISME

  • Le jansénisme, en mettant l’accent sur la faiblesse et la corruption de la nature humaine, exerce une influence décisive sur l’analyse pessimiste que les Classiques feront des passions :
  • - Racine, qui passa son enfance à Port-Royal, renonce à partir de 1691 au théâtre.
    - La Bruyère et La Rochefoucauld tracent un portrait pessimiste de leurs contemporains.
    - Sous l’influence de Mme de Maintenon, que Louis XIV épousera secrètement, la Cour elle-même devient austère, voire triste... ce qui expliquera en partie une violente réaction, pendant la Régence, au XVIIIe, dans la littérature et dans les moeurs.