LE COURANT LIBERTIN

 
  • Entre la fin du XVIe et du XVIIIe siècle, des écrivains assurent une transition par leur contestation de l'autorité religieuse et leur indépendance à l'égard de la foi. Le mot « libertin » désigne donc avant tout un esprit de « libre pensée », même si pour quelques écrivains, à la conduite parfois très libre / libérée, on peut lui donner le sens actuel.

ORIGINES

  • Face au durcissement de l'Église envers la Réforme (Contre réforme), et l'humanisme, un courant de libre pensée se maintient malgré les persécussions : Giordano Bruno brûlé vif à Rome en 1600, Vanini supplicié à Toulouse en 1619.
  • La découverte du Nouveau Monde, les guerres de religion, l'influence de l'épicurisme et du scepticisme de Montaigne, répandent des idées nouvelles venues en premier d'Italie : Vanini, disciple de G. Bruno, viendra à la cour sous la régence de Marie de Médicis.

LA CABALE 1615~1623

  • Un groupe, composé essentiellement de poètes, forme une société secrète, une « cabale » : Meynard, Boisrobert, Tristan, Saint-Amant et, le plus hardi de tous, Théophile de Viau. Beaucoup sont franchement athées, se nomment volontiers des « antéchrists » et diffusent des ceuvres anonymes.
  • A l'idée de Dieu, ils substituent celle de Nature : l'univers n'étant qu'un jeu de forces aveugles, la sagesse consiste donc à suivre sa nature propre et à jouir librement de soi-même.
  • En 1629, Théophile de Viau est arrêté et jugé : la « cabale est brisée ».

LE LIBERTINAGE « ÉRUDIT » 1628~1655

  • A partir de 1628, sous Richelieu, se constitue un nouveau foyer d'érudits et de philosophes, plus prudents dans leurs idées et leur conduite : La Mothe le Vayer, Gassendi, Cyrano de Bergerac son disciple, Naudé... Ils se réunissent dans des banquets, échangent des vues au cours de promenades. Ils méditent l'oeuvre des philosophes grecs et Italiens, s'intéressent aux hypothèses scientifiques, aux explorations, qui semblent remettre en question les principes fondamentaux de la religion officielle, à laquelle toutefois certains font quelques concessions. Il est souvent difficile d'apprécier la véritable hardiesse de leurs convictions car le régime interdit la publication de tout ouvrage trop hétérodoxe.
  • Professeur de philosophie presque aussi célèbre que Descartes dont il combat le rationalisme, Gassendi exerce une grande influence.

LE REPLI 1655~1685

  • Après la Fronde, les libertins cessent d'être organisés en France. Gassendi abandonne la lutte peu avant sa mort. Mais l'esprit libertin demeure et se retrouve de manière diffuse dans l'oeuvre de Molière (Don juan, Tartuffe) et de la Fontaine. Une société semi-secrète, la « Compagnie du Saint-Sacrement » celle qui bien sûr attaquera le Tartuffe de Molière, s'emploie à démasquer l'impiété. Pascal, avec l'appui des Jansénistes, et Bossuet se donnent pour mission de ramener à la religion les indifférents.

LE LIBERTINAGE MONDAIN  1685~1715

  • Vers 1680, la tradition libertine est renouée : le gouvernement de Louis XIV est affaibli après la Révocation de L'Édit de Nantes. On réagit contre les excès des dévots qui triomphent à la Cour. Le libertinage s'étale au grand jour dans les milieux mondains. On se réunit dans des salons : celui de Ninon de Lenclos, principalement, fréquenté par Saint-Évremond, Condé, le cardinal de Retz, Miton (l'ami de Pascal).
  • La pensée libertine s'affermit su contact de ceux qui ont dû fuir en Hollande ou en Angleterre où des systèmes philosophiques nouveaux sont nés (ceux de Spinoza et de Locke) : ils heurtent de front les principes de la métaphysique chrétienne et du droit monarchique. La Raison devient un instrument de combat et un principe de construction : c'est cet héritage que vont recueillir Bayle et Fontenelle qui, par leurs idées, appartiennent déjà au « siècle des philosophes ».
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