-
- LE
FRACASSANT SILENCE DU LANGAGE...
-
- DE
« GUERRE PROPRE » EN « CROISSANCE ZÉRO », L'OXYMORON ENVAHIT
LES DISCOURS
-
-
- Ça ne
tourne plus rond du côté de l'oxymoron. Cette figure de style qui combine les
contraires était l'apanage des poètes
(voir la Négresse blanche d'Arthur H
ou le « mutisme assourdissant » de Camus) et c'était très bien comme ça. Et
puis, patatras ! La politique
s'en est saisie et les oxymorons sont devenus le dernier outil de propagande
à la mode, l'accessoire
indispensable du parfait petit
discoureur, aux côtés des euphémismes (non-entendants,
dommages collatéraux...) et autres expressions consensuelles (transparence, traçabilité, etc.).
- Car
telle est bien la fonction de
l'oxymoron contemporain : désinformer en rendant l'antinomie, naguère
percutante, la plus inoffensive possible.
|
-
- Télérama
n° 2806 - 22 octobre 2003
|
- Dernier avatar, la fameuse croissance
zéro », superbe
formule d'évitement pour ne pas parler de stagnation ou de décroissance ! Non moins admirable, cet oxymoron conçu par des stratèges américains inspirés : la « guerre zéro mort
», plus connue sous le label de « guerre propre », avec
« frappes
chirurgicales » et « armes non létales
» (sic !).
- Et si on se mettait à voir des oxymorons partout ? Que
penser alors du « développement durable
» (l'exploitation des ressources peut-elle être infinie ?), de la «
mondialisation à visage humain
de la « consommation citoyenne », du
« commerce
solidaire », des « fonds éthiques » voire du « sociallibéralisme » ? Beaux
projets, idéaux illusoires ou oxymorons destinés à rendre la barbarie plus douce ? Car c'est là où ça se corse : à force de baigner dans le politiquement correct,
tout finit par passer pour un
oxymoron...
-
- Weronika Zarachowicz
|