LE COMMENTAIRE

Séries L, ES, S

 
QUEL TYPE DE COMMENTAIRE ?
« Ex-pliquer » signifie étymologiquement « faire paraître au grand jour en dépliant ». Le commentaire expose donc ce qui n’apparaît pas toujours directement dans le texte, mais qui reste perceptible à un lecteur habitué à repérer les connotations, les figures du discours, tous les procédés qui font qu’un texte littéraire n’a pas qu’une « fonction informative », mais aussi et surtout une « fonction poétique » : le choix des mots n’est pas neutre ! De là découlent quelques contraintes :
  • Éviter la paraphrase :
  • raconter une seconde fois l’extrait, souvent en l’amplifiant, ne permet pas de comprendre le sens profond, ni même parfois le sens littéral du texte... on se contente de répéter, la plupart du temps en plus mal, ce qui a été écrit... Il n’y a donc pas commentaire.
  • Une réaction personnelle et originale :
  • chaque mot ne mérite pas forcément de longues analyses (surtout si rien d’original n’en ressort !) : en quatre heures, vous avez plus de temps pour présenter une explication complète que lors d’une lecture analytique à l’oral (où la limitation des choix fait partie de la règle du jeu), mais pas assez pour une explication aussi fournie que si elle était juxtalinéaire*. On vous demande donc vos hypothèses de lecture, c.-à-d. l’intuition personnelle que vous avez eue après une lecture attentive et une analyse détaillée qui met en lumière le sens profond et l’originalité du texte.
    [* Qui suit le fil du texte]
  • Mais aussi une explication objective :
  • il ne s’agit pas ici de dire tout le contraire de ce qui vient d'être dit, mais votre intuition ne vous autorise pas à dire tout ce qui vous passe par la tête... sous prétexte que vous « le pensez » : si aucun texte n’a un sens éternel, si les interprétations de détails peuvent être multiples, une certaine compétence de votre part est requise (savoir « décoder » le message écrit particulier qui vous est proposé au moyen d’outils connus, de « savoirs » et de « savoir faire »), car les mécanismes intimes d’un texte sont une donnée de base pour tous et ne peuvent varier d’un lecteur à l’autre : chacun doit aller vers une signification générale juste, seuls les « éclairages » peuvent différer. Le commentaire est bien « un exercice d'analyse et d'argumentation » (in Accompagnement des programmes à la rentrée 2001).
  • Une lecture contextuelle et intertextuelle :
  • un des moyens d’éviter un trop grande subjectivité de votre commentaire, de dépasser l’intérêt purement documentaire du texte, est de resituer le document dans son contexte historique, social, culturel (pour les textes assez anciens principalement), afin d’en mieux comprendre le sens et la portée. De même, quand on connaît l'écrivain, il est utile de savoir retrouver dans le document ses goûts, ses techniques, son originalité par rapport à d’autres oeuvres de lui-même, ou d’autres écrivains qui l’ont influencé ou auxquels il s’est opposé : pour respecter l’originalité d’un texte, le commentaire exige donc un minimum de culture littéraire, même s’il ne faut surtout pas transformer le devoir en cours d’histoire littéraire, au point d’en oublier le texte !
     

COMMENT PRÉPARER LE COMMENTAIRE ?

La méthode pour lire, parcourir, examiner le texte est exactement la même que celle de la préparation à l’épreuve orale sauf que, cette fois, il ne faut pas se contenter de ne traiter qu'un aspect limité du texte. Quelques contraintes et conseils supplémentaires :

  • Ne rédigez pas tous vos paragraphes au brouillon :
  • en dehors de l’introduction et de la conclusion, un plan détaillé avec les idées numérotées et les exemples qui les illustrent vous suffit.
  • Éliminez les remarques trop isolées...
  • Surtout si ce sont des remarques sur la forme que vous n’arrivez pas à rattacher à un commentaire : un devoir qui traiterait à part le fond (cf. le « signifié ») et la forme (le « signifiant ») ne pourrait pas avoir la moyenne.
  • Recherchez une progression logique entre vos paragraphes (et dans les paragraphes). Respectez la logique de l’intérêt croissant des idées.
  • Recherchez des transitions entre vos paragraphes (quitte à les rédiger au brouillon).

QUEL TYPE DE DEVOIR ?

Toutes les contraintes propres à la dissertation (sujet de type III), s’appliquent aussi ici : nécessité d’une introduction, d’un développement en plusieurs paragraphes bien enchaînés, d’une conclusion. Vous pouvez donc lire ou relire les autres fiches techniques sur la dissertaion. Le commentaire composé est donc bien une...« composition française » ! Mais avec aussi quelques contraintes particulières :
  • L’introduction :
  • elle doit présenter le texte : titre et auteur du texte ; situation de ce dernier dans son contexte (l’oeuvre dont il fait partie, l’époque où il a été écrit, le genre et le mouvement littéraire auxquels il appartient) ; l'idée générale du texte et de sa progression.
    Elle doit annoncer (à la forme affirmative ou interrogative) la progression du commentaire : indication des deux ou trois centres d’intérêt qui constitueront les parties du développement.
  • Le développement :
  • l’étude linéaire du texte qui peut être tolérée dans une lecture analytique à pendant l'épreuve orale (à condition que la progression même du texte s'y prête : construction en parties distinctes autour de centres d'intérêts distincts... sinon il y a grand risque de paraphrase) n'est plus admise à l'écrit... « Composition française» suppose regroupement, organisation synthétique et logique des idées. Le plan qui s’impose est donc le plan thématique, puisqu’il ne s’agit pas ici de prendre position pour ou contre un texte (mais on peut exprimer, d'après les derniers textes officiels, son « émotion », son « intérêt »), mais d’en expliquer les mécanismes et les thèmes qui font qu’on peut le qualifier d’oeuvre littéraire présentant un certain intérêt.
    Ce type de devoir impose, aussi, des citations fréquentes du texte qui ne doivent pas se contenter de justifier un inventaire de remarques stylistiques et technicistes : les citations aident à dégager le sens profond du texte, et les remarques de style, indispensables elles aussi, mettent seulement en valeur les qualités littéraires, l'originalité etc. des choix de l'auteur. Le fond et la forme sont indissociables... et une liste de figures de style n'expliquera jamais rien en elle-même. Il est conseillé d'intégrer le plus possible les citations à vos phrases de commentaire, si elles sont brèves, morcelées. Si elles sont longues, utilisez les deux points (voir la fiche sur savoir présenter les citations et les titres d'oeuvres). L'emploi des parenthèses est parfois possible, mais il vaut mieux ne pas en abuser (elles sont utiles, par contre, pour signaler à la fin de la citation la ligne, le vers etc. d'où celle-ci est tirée) car les exemples et citations, dans ce type de devoir, ne sont pas quelque chose de secondaire. Surtout ne pas oublier les guillemets français («...») et toujours souligner le nom des oeuvres citées.
  • La conclusion :
  • elle rappelle les impressions dominantes dégagées par le développement, souligne l’intérêt du texte et peut éventuellement émettre une opinion personnelle, ouvrir des perspectives par une comparaison ou des rapprochements littéraires, historiques...

L’ÉVALUATION DE VOTRE DEVOIR

  • Éléments négatifs :
  • - explication juxtalinéaire non justifiée,
    - paraphrase,
    - séparation du fond et de la forme,
    - absence de plan apparent.
  • Éléments positifs :
  • - étude s’appuyant constamment sur le texte,
    - culture, finesse de l’analyse,
    - connaissance des genres, des registres et des outils de langue et explication de leur rôle dans le texte,
    - démarche cohérente, progression logique vers le sens du texte et l’appréciation de son originalité.
     

     Y. Gouraud

>> Haut de la page