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APOLLINAIRE
: LYRISME ET THÉMATIQUE DE L'EAU DANS ALCOOLS

Portrait
par Marie Laurencin. Vers 1908.
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APOLLINAIRE,
ALCOOLS, « ZONE »
- A la fin
tu es las de ce monde ancien
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- Bergère
ô tour Eiffel (1)
le troupeau des ponts bêle ce matin
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- Tu en as
assez de vivre dans l'antiquité grecque et romaine
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- Ici même
les automobiles ont l'air d'être anciennes
- La religion
seule est restée toute neuve la religion
- Est restée
simple comme les hangars de Port-Aviation (2)
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- Seul en
Europe tu n'es pas antique ô Christianisme
- L'Européen
le plus moderne c'est vous Pape Pie X (3)
- Et toi
que les fenêtres observent la honte te retient
- D'entrer
dans une église et de t'y confesser ce matin
- Tu lis
les prospectus les catalogues les affiches qui chantent tout
haut
- Voilà la
poésie ce matin et pour la prose il y a les journaux
- Il y a
les livraisons à 25 centimes pleines d'aventure policières
- Portraits
des grands hommes et mille titres divers
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- J'ai vu
ce matin une jolie rue dont j'ai oublié le nom
- Neuve et
propre du soleil elle était le clairon
- Les directeurs
les ouvriers et les belles sténo-dactylographes
- Du lundi
matin au samedi soir quatre fois par jour y passent
- Le matin
par trois fois la sirène y gémit
- Une cloche
rageuse y aboie vers midi
- Les inscriptions
des enseignes et des murailles
- Les plaques
les avis à la façon des perroquets criaillent
- J'aime
la grâce de cette rue industrielle
- Située
à Paris entre la rue Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes
(4)
[...]
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- APOLLINAIRE,
Alcools (1913), « Zone », extrait, © Gallimard.
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- 1. La tour
Eiffel fut achevée en 1889.
- 2. Port-Aviation
: aérodrome de la région parisienne d'où partit en 1911 la course
Paris-Rome.
- 3. Pie X,
pape de 1903 à 1914, fut un adversaire du modernisme dans l'Église
; mais il donna sa bénédiction à l'aviateur vainqueur de la
course Paris-Rome... d'où ce qualificatif de moderne.
- 4. La rue
Aumont-Thiéville et l'avenue des Ternes : rue et avenue situées
dans la zone nord-ouest de Paris, près de la Porte de Champerret
(17e arrondissement).
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APOLLINAIRE,
ALCOOLS, « LE PONT MIRABEAU »
- Sous le
pont Mirabeau (1)
coule la Seine
- Faut-il
qu'il m'en souvienne
- La joie
venait toujours après la peine
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- Vienne
la nuit sonne l'heure
- Les
jours s'en vont je demeure
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- Les mains
dans les mains restons face à face
- Le
pont de nos bras passe
- Des éternels
regards l'onde si lasse
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- Vienne
la nuit sonne l'heure
- Les
jours s'en vont je demeure
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- L'amour
s'en va comme cette eau courante
- Comme
la vie est lente
- Et comme
l'Espérance est violente
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- Vienne
la nuit sonne l'heure
- Les
jours s'en vont je demeure
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- Passent
les jours et passent les semaines
- Ni
les amours reviennent
- Sous le
pont Mirabeau coule la Seine
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- Vienne
la nuit sonne l'heure
- Les
jours s'en vont je demeure
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- APOLLINAIRE,
Alcools (1913), « Le Pont Mirabeau », © Gallimard.
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- 1. Le pont
Mirabeau est un pont moderne (architecture métallique), à l'ouest
de Paris. Le poète l'empruntait régulièrement pour rentrer chez
lui, à Auteuil. Ce poème date de 1912 et porte la marque de
la rupture avec Marie Laurencin.
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APOLLINAIRE,
ALCOOLS, « MARIE
»
- Vous y
dansiez petite fille
- Y danserez-vous
mère-grand
- C'est la
maclotte (1)
qui sautille
- Toutes
les cloches sonneront
- Quand donc
reviendrez-vous Marie
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- Les masques
sont silencieux
- Et la musique
est si lointaine
- Qu'elle
semble venir des cieux
- Oui je
veux vous aimer mais vous aimer à peine
- Et mon
mal est délicieux
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- Les brebis
s'en vont dans la neige
- Flocons
de laine et ceux d'argent
- Des soldats
passent et que n'ai-je
- Un coeur
à moi ce coeur changeant
- Changeant
et puis encor que sais-je
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- Sais-je
où s'en iront tes cheveux
- Crépus
comme mer qui moutonne
- Sais-je
où s'en iront tes cheveux
- Et tes
mains feuilles de l'automne
- Que jonchent
aussi nos aveux
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- Je passais
au bord de la Seine
- Un livre
ancien sous le bras
- Le fleuve
est pareil à ma peine
- Il s'écoule
et ne tarit pas
- Quand donc
finira la semaine
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- APOLLINAIRE,
Alcools (1913), « Marie », © Gallimard.
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1. La maclotte
est une danse ardennaise.
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APOLLINAIRE,
ALCOOLS, « NUIT RHENANE (1) »
Eau-forte pour
Alcools de Louis Marcoussi (1883-1941), La
Nuit rhénane.
- Mon verre
est plein d'un vin trembleur comme une flamme
- Ecoutez
la chanson lente d'un batelier
- Qui raconte
avoir vu sous la lune sept femmes
- Tordre
leurs cheveux verts et longs jusqu'à leurs pieds
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- Debout
chantez plus haut en dansant une ronde
- Que je
n'entende plus le chant du batelier
- Et mettez
près de moi toutes les filles blondes
- Au regard
immobile aux nattes repliées
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- Le Rhin
le Rhin est ivre où les vignes se mirent
- Tout l'or
des nuits tombe en tremblant s'y refléter
- La voix
chante toujours à en râle-mourir
- Ces fées
aux cheveux verts qui incantent1 l'été
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- Mon verre
s'est brisé comme un éclat de rire
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- APOLLINAIRE,
Alcools (1913), « Nuit rhénane », © Gallimard.
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- 1. Plusieurs
poèmes d'Alcools, inspirés par le séjour d'Apollinaire sur les
bord du Rhin, sont regroupés sous le titre de Rhénanes. Nuit
rhénane est le premier.
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APOLLINAIRE,
ALCOOLS, « MAI »
- Le mai
le joli mai en barque sur le Rhin
- Des dames
regardaient du haut de la montagne
- Vous êtes
si jolies mais la barque s'éloigne
- Qui donc
a fait pleurer les saules riverains
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- Or des
vergers fleuris se figeaient en arrière
- Les pétales
tombés des cerisiers de mai
- Sont les
ongles de celle que j'ai tant aimée
- Les pétales
flétris sont comme ses paupières
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- Sur le
chemin du bord du fleuve lentement
- Un ours
un singe un chien menés par des tziganes
- Suivaient
une roulotte traînée par un âne
- Tandis
que s'éloignait dans les vignes rhénanes
- Sur un
fifre lointain un air de régiment
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- Le mai
le joli mai a paré les ruines
- De lierre
de vigne vierge et de rosiers
- Le vent
du Rhin secoue sur le bord les osiers
- Et les
roseaux jaseurs et les fleurs nues des vignes
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- APOLLINAIRE,
Alcools (1913), « Mai », © Gallimard.
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