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DIFFÉRENTS
STATUTS DE LA DESCRIPTION
- HOMÈRE, Iliade,
XVIII
: le bouclier d'Achille... ou l'art de ne pas rompre le récit par la description...
Document annexe : ce
procédé de la description narrativisée de l'oeuvre d'art, l'ekphrasis,
est aussi régulièrement utilisé par Diderot : exemple du Salon
de 1761 sur Vernet,
dans le groupement sur le préromantisme français au XVIIIe siècle.
- BALZAC, Eugénie
Grandet
: le portrait de Grandet. Comment y échapper ? Si la description est initialement
un exercice d'école, le portrait est un exercice à part (cf. la mode du
"blason"
au XVIIe siècle). Avec le renouveau des connaissances psychologiques (cf.
la mode du physiognomisme), Balzac devient un spécialiste et met en place
une technique caractéristique : la vision globale, totale, du personnage
qui acquiert progressivement une individualité jamais atteinte auparavant
: d'un personnage quelconque non seulement Balzac fait un individu, mais
aussi un type humain ! « J'aurai donné la vie au type en l'individualisant,
à l'individu en le typisant »...
- FLAUBERT, Madame
Bovary
: la casquette de Charles. Une description caricaturale et mimétique. Valeur
symbolique de l'objet qui, dès l'incipit résume à lui seul le personnage
et laisse peu d'espoir quant à son destin...
- HUGO, Les
Misérables
: le jardin de la rue Plumet. Description symbolique et anticipatrice :
les noces de la végétation sont l'emblème des amours naissantes de Cosette
: la description de ce lieu prépare la fiction,
occupe donc aussi une fonction romanesque...
- GAUTIER, Le
Capitaine Fracasse
: description du « Radis couronné »... un exemple parmi d'autres de "focalisation
zéro"... Fonction ornementale et documentaire de la description.
- BRETON, Nadja
: l'objet surréaliste et le "hasard objectif". La description
classique et banale est violemment rejetée, au profit de la simple photographie.
Cette époque de doute, à l'époque où photographie et cinéma se développent
et semblent pouvoir prendre le relai de la description... ne fait en réalité
que préparer son retour en force... retour qui cette fois prendra
appui... sur les techniques du cinéma ! Document d'appui :
les Surréalistes et la description dans le Manifeste
du Surréalisme.
- PONGE, Le
Parti Pris des Choses, « La Mousse ».
La description mimétique : tous les moyens de la langue (aussi bien les
mots en eux-mêmes, par leurs sonorités, leur graphie etc. que les procédés
de style classiques) sont mis au service d'une évocation ou d'une recréation
du réel. Si les mots isolés ont peu à peu perdu leur pouvoir de faire naître
directement les choses, c'est le pouvoir de la poésie, en tant qu'art total,
de retrouver cette harmonie originelle : le "cratylisme" de Ponge
prolonge les pistes ouvertes par Mallarmé.
- ROBBE-GRILLET, La
Jalousie.
Retour en force de la description... elle envahit le texte et se substitue même
à la narration ! Document d'appui :
Robbe-Grillet, Pour
un nouveau roman...
donc pour
un nouveau statut de la description. La description traditionelle "faisait
voir" les choses... maintenant, elle semble presque les détruire !
Au lieu de se contenter de "reproduire" une réalité préexistante,
elle affirme à présent sa fonction créatrice.
Y. Gouraud
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