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STRATÉGIES
ET MISES EN SCÈNE DE L'AVEU
AU THÉÂTRE
|Molière,
Tartuffe, III, 3|Racine,
Phèdre,
I, 3|Phèdre,
II, 5|Phèdre,
V, 7|Musset,
On ne badine pas... III,8|
|Rostant, Cyrano, I,
5|Rostand,
Cyrano, V, 5|Giraudoux,
Electre, II, 6|Electre,
II, 8|Sartre,
Huis-clos,
V|
|Documents
annexes|

THÈMES
DE RECHERCHES
N.B. Dans ce
corpus, il s'agit d'aveux d'amour (le plus souvent) ou de haine (autre forme
de l'amour...).
- Pourquoi avouer
?
- Aveux masculins
/ aveux féminins (H/F ; F/F ; H/H)...
- Aveux et registres
: tragédie ; comédie ; drame... Une scène souvent paroxystique : les
affres de l'aveu ; lyrisme des aveux proclamés ; aveux gènés ; aveux
murmurés...
- Aveux et progression
dramatique : un ressort du drame. Aveux et coups de théâtre. Aveux et
dénouement tragique. Les effets de symétrie ou de parallélisme (il y
a souvent plusieurs scènes d'aveu, en écho, dans la même pièce : soit
le premier aveu en déclenche un autre chez un tiers ; soit le même
personnage fait ensuite le même aveu à un autre personnage,
voire avoue au même personnage en plusieurs fois ; soit la
pièce dans son ensemble n'est finalement qu'on lent et long aveu,
comme dans Huis Clos ou On ne badine pas, etc.)...
- Les stratégies
de l'évitement : aveux indirects, implicites / aveux "arrachés"
/ aveux différés...
- La mise en scène
de l'aveu : rôle, statut du destinataire : destinataire direct du sentiment
avoué ? Confident ? Témoin(s), visible(s) ou caché(s). La double énonciation.
Le cadre de l'aveu.
MOLIÈRE,
Le Tartuffe,
III, 3.
- ELMIRE, TARTUFFE
-
- TARTUFFE
- Que le Ciel à jamais
par sa toute bonté
- Et de l'âme et du corps
vous donne la santé,
- Et bénisse vos jours
autant que le désire
- Le plus humble de ceux
que son amour inspire.
-
- ELMIRE
- Je suis fort obligée
à ce souhait pieux.
- Mais prenons une chaise,
afin d'être un peu mieux.
-
- TARTUFFE
- Comment de votre mal
vous sentez-vous remise ?
-
- ELMIRE
- Fort bien ; et cette
fièvre a bientôt quitté prise.
-
- TARTUFFE
- Mes prières n'ont pas
le mérite qu'il faut
- Pour avoir attiré cette
grâce d'en haut ;
- Mais je n'ai fait au
Ciel nulle dévote instance
- Qui n'ait eu pour objet
votre convalescence.
-
- ELMIRE
- Votre zèle pour moi
s'est trop inquiété.
-
- TARTUFFE
- On ne peut trop chérir
votre chère santé,
- Et pour la rétablir
j'aurais donné la mienne.
-
- ELMIRE
- C'est pousser bien
avant la charité chrétienne,
- Et je vous dois beaucoup
pour toutes ces bontés.
-
- TARTUFFE
- Je fais bien moins
pour vous que vous ne méritez.
-
- ELMIRE
- J'ai voulu vous parler
en secret d'une affaire,
- Et suis bien aise ici
qu'aucun ne nous éclaire.
-
- TARTUFFE
- J'en suis ravi de même,
et sans doute il m'est doux,
- Madame, de me voir
seul à seul avec vous :
- C'est une occasion
qu'au Ciel j'ai demandée,
- Sans que jusqu'à cette
heure il me l'ait accordée.
-
- ELMIRE
- Pour moi, ce que je
veux, c'est un mot d'entretien,
- Où tout votre coeur
s'ouvre et ne me cache rien.
-
- TARTUFFE
- Et je ne veux aussi
pour grâce singulière
- Que montrer à vos yeux
mon âme tout entière,
- Et vous faire serment
que les bruits que j'ai faits
- Des visites qu'ici
reçoivent vos attraits
- Ne sont pas envers
vous l'effet d'aucune haine,
- Mais plutôt d'un transport
de zèle qui m'entraîne,
- Et d'un pur mouvement...
-
- ELMIRE
- Et crois que mon salut
vous donne ce souci.
-
- TARTUFFE
- Il lui serre le
bout des doigts.
- Oui, Madame, sans doute,
et ma ferveur est telle...
-
- ELMIRE
- Ouf ! vous me serrez
trop.
-
- TARTUFFE
- De vous faire autre
mal je n'eus jamais dessein,
- Et j'aurais bien plutôt...
- Il lui met la main
sur le genou.
-
- ELMIRE
-
- TARTUFFE
- Je tâte votre habit
: l'étoffe en est moelleuse.
-
- ELMIRE
-
- Ah ! de grâce, laissez,
je suis fort chatouilleuse.
- Elle recule sa chaise,
et Tartuffe rapproche la sienne.
-
- TARTUFFE
-
- Mon Dieu ! que de ce
point l'ouvrage est merveilleux !
- On travaille aujourd'hui
d'un air miraculeux ;
- Jamais, en toute chose,
on n'a vu si bien faire.
-
- ELMIRE
- Il est vrai. Mais parlons
un peu de notre affaire.
- On tient que mon mari
veut dégager sa foi,
- Et vous donner sa fille.
Est-il vrai, dites-moi ?
-
- TARTUFFE
-
- Il m'en a dit deux
mots ; mais, Madame, à vrai dire,
- Ce n'est pas le bonheur
après quoi je soupire ;
- Et je vois autre part
les merveilleux attraits
- De la félicité qui
fait tous mes souhaits.
-
- ELMIRE
- C'est que vous n'aimez
rien des choses de la terre.
-
- TARTUFFE
- Mon sein n'enferme
pas un coeur qui soit de pierre.
-
- ELMIRE
- Pour moi, je crois
qu'au Ciel tendent tous vos soupirs,
- Et que rien ici-bas
n'arrête vos désirs.
-
- TARTUFFE
- L'amour qui nous attache
aux beautés éternelles
- N'étouffe pas en nous
l'amour des temporelles ;
- Nos sens facilement
peuvent être charmés
- Des ouvrages parfaits
que le Ciel a formés.
- Ses attraits réfléchis
brillent dans vos pareilles ;
- Mais il étale en vous
ses plus rares merveilles
- Il a sur votre face
épanché des beautés
- Dont les yeux sont
surpris, et les coeurs transportés,
- Et je n'ai pu vous
voir, parfaite créature,
- Sans admirer en vous
l'auteur de la nature,
- Et d'une ardente amour
sentir mon coeur atteint,
- Au plus beau des portraits
où lui-même il s'est peint.
- D'abord, j'appréhendai
que cette ardeur secrète
- Ne fût du noir esprit
une surprise adroite ;
- Et même à fuir vos
yeux mon coeur se résolut,
- Vous croyant un obstacle
à faire mon salut.
- Mais enfin je connus,
ô beauté toute aimable,
- Que cette passion peut
n'être point coupable,
- Que je puis l'ajuster
avecque la pudeur,
- Et c'est ce qui m'y
fait abandonner mon coeur.
- Ce m'est, je le confesse,
une audace bien grande
- Que d'oser de ce coeur
vous adresser l'offrande ;
- Mais j'attends en mes
voeux tout de votre bonté,
- Et rien des vains efforts
de mon infirmité ;
- En vous est mon espoir,
mon bien, ma quiétude,
- De vous dépend ma peine
ou ma béatitude,
- Et je vais être enfin,
par votre seul arrêt,
- Heureux, si vous voulez,
malheureux, s'il vous plaît.
-
- ELMIRE
- La déclaration est
tout à fait galante,
- Mais elle est, à vrai
dire, un peu bien surprenante.
- Vous deviez, ce me
semble, armer mieux votre sein,
- Et raisonner un peu
sur un pareil dessein.
- Un dévot comme vous,
et que partout on nomme...
-
- TARTUFFE
- Ah ! pour être dévot,
je n'en suis pas moins homme ;
- Et lorsqu'on vient
à voir vos célestes appas,
- Un coeur se laisse
prendre, et ne raisonne pas.
- Je sais qu'un tel discours
de moi paraît étrange ;
- Mais, Madame, après
tout, je ne suis pas un ange ;
- Et si vous condamnez
l'aveu que je vous fais,
- Vous devez vous en
prendre à vos charmants attraits.
- Dès que j'en vis briller
la splendeur plus qu'humaine,
- De mon intérieur vous
fûtes souveraine
- De vos regards divins
l'ineffable douceur
- Força la résistance
où s'obstinait mon cœur ;
- Elle surmonta tout,
jeûnes, prières, larmes,
- Et tourna tous mes
voeux du côté de vos charmes.
- Mes yeux et mes soupirs
vous l'ont dit mille fois,
- Et pour mieux m'expliquer
j'emploie ici la voix.
- Que si vous contemplez
d'une âme un peu bénigne
- Les tribulations de
votre esclave indigne,
- S'il faut que vos bontés
veuillent me consoler
- Et jusqu'à mon néant
daignent se ravaler,
- J'aurai toujours pour
vous, ô suave merveille,
- Une dévotion à nulle
autre pareille.
- Votre honneur avec
moi ne court point de hasard,
- Et n'a nulle disgrâce
à craindre de ma part.
- Tous ces galants de
cour, dont les femmes sont folles,
- Sont bruyants dans
leurs faits et vains dans leurs paroles,
- De leurs progrès sans
cesse on les voit se targuer ;
- Ils n'ont point de
faveurs qu'ils n'aillent divulguer,
- Et leur langue indiscrète,
en qui l'on se confie,
- Déshonore l'autel où
leur coeur sacrifie.
- Mais les gens comme
nous brûlent d'un feu discret,
- Avec qui pour toujours
on est sûr du secret :
- Le soin que nous prenons
de notre renommée
- Répond de toute chose
à la personne aimée,
- Et c'est en nous qu'on
trouve, acceptant notre coeur,
- De l'amour sans scandale
et du plaisir sans peur.
-
- ELMIRE
-
- Je vous écoute dire,
et votre rhétorique
- En termes assez forts
à mon âme s'explique.
- N'appréhendez-vous
point que je ne sois d'humeur
- A dire à mon mari cette
galante ardeur,
- Et que le prompt avis
d'un amour de la sorte
- Ne pût bien altérer
l'amitié qu'il vous porte ?
-
- TARTUFFE
-
- Je sais que vous avez
trop de bénignité,
- Et que vous ferez grâce
à ma témérité,
- Que vous m'excuserez
sur l'humaine faiblesse
- Des violents transports
d'un amour qui vous blesse,
- Et considérerez, en
regardant votre air,
- Que l'on n'est pas
aveugle, et qu'un homme est de chair.
-
- ELMIRE
- D'autres prendraient
cela d'autre façon peut-être ;
- Mais ma discrétion
se veut faire paraître.
- Je ne redirai point
l'affaire à mon époux ;
- Mais je veux en revanche
une chose de vous :
- C'est de presser tout
franc et sans nulle chicane
- L'union de Valère avecque
Mariane,
- De renoncer vous-même
à l'injuste pouvoir
- Qui veut du bien d'un
autre enrichir votre espoir,
- Et...
- >>>>
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les images des mises en scène de III,3 et IV,5.
-
- N.B Cette scène est
à mettre en parallèle avec la scène 5 de l'acte IV. CF. ci-dessous.
- ACTE IV, SCÈNE V. TARTUFFE,
ELMIRE, ORGON
-
- TARTUFFE
- On m'a dit qu'en ce
lieu vous me vouliez parler.
-
- ELMIRE
- Oui. L'on a des secrets
à vous y révéler.
- Mais tirez cette porte
avant qu'on vous les dise,
- Et regardez partout,
de crainte de surprise.
- (Tartuffe va fermer
la porte et revient.)
- Une affaire pareille
à celle de tantôt
- N'est pas assurément
ici ce qu'il nous faut.
- Jamais il ne s'est
vu de surprise de même* ; [semblable]
- Damis m'a fait pour
vous une frayeur extrême,
- Et vous avez
bien vu que j'ai fait mes efforts
- Pour rompre son dessein
et calmer ses transports.
- Mon trouble, il est
bien vrai, m'a si fort possédée,
- Que de le démentir
je n'ai point eu l'idée ;
- Mais par là, grâce
au Ciel, tout a bien mieux été,
- Et les choses en sont
dans plus de sûreté.
- L'estime où l'on vous
tient a dissipé l'orage,
- Et mon mari de vous
ne peut prendre d'ombrage.
- Pour mieux braver l'éclat
des mauvais jugements,
- Il veut que nous soyons
ensemble à tous moments ;
- Et c'est par où je
puis, sans peur d'être blâmée,
- Me trouver ici seule
avec vous enfermée,
- Et ce qui m'autorise
à vous ouvrir un coeur
- Un peu trop prompt
peut-être à souffrir votre ardeur.
-
- TARTUFFE
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